Silence, la machine à censure va sévir …

Silence, la machine à censure va sévir …

Oui le machine est lancée ; faire taire Ahlam Shibli.
Le travail de la photographe palestinienne provoque la colère du Crif ; comme toujours avec à peu prés les même arguments brandis : faire peur, et surtout avec la sémantique bien travaillée  : Brrrrr ….  «l’apologie du terrorisme».
Non mesdames, messieurs, c’est de l’art ; l’expression d’un artiste qui a des choses à dire ; et à qui l’on donne le moyen de la faire. Tant et si bien que ses oeuvres s’exposent aux quatre coins du monde depuis 10 ans (Allemagne, Italie, Japon, Pologne, France …).
Notre cher Ministère de la (si chère) Culture obtempère devant les menaces du tout grand M. Cukierman : « Le ministère admet vendredi que cette exposition « suscite de nombreuses réactions compréhensibles » et que la « neutralité revendiquée » de l’artiste « peut, en elle-même choquer et donner lieu à de mauvaises interprétations puisqu’elle n’explique pas le contexte des photographies qui n’est pas seulement celui de la perte mais qui est aussi celui du terrorisme ». « 

Ahlam Shiblishibli

C’est à côté de Jenine, dans un village de Galilée, qu’est née Ahlam Shibli, en 1970. La maison familiale est remplie de livres mais aussi de onze enfants, dont neuf filles. Ahlam est l’avant-dernière de la fratrie. Elle se souvient du jour où son frère, étudiant en ville, revint un week-end avec un appareil photo : « Dès lors, trois de mes sœurs et moi nous avons pris l’habitude de nous déguiser puis de prendre la pose. Ma mère autorisait que l’on emprunte ses vêtements ou le beau chapeau de mon père. Et nous avions exceptionnellement le droit d’aller dans son jardin pour les prises de vue. C’est en découvrant le résultat sur les tirages papier, que mon frère nous rapportait des semaines plus tard, que j’ai compris ce que signifiait une narration et la mise en scène de ses propres histoires. Ma vocation d’artiste est probablement née là. »

En attendant, Ahlam rêve d’être électricienne. Son père refuse. Aspirant à aider la communauté palestinienne, elle devient conseillère d’éducation, monte un projet pour les enfants défavorisés où elle utilise l’art thérapie, et finit par reprendre des études de cinéma et de photographie. Pour être bien certaine d’avoir trouvé sa voie, elle s’exerce beaucoup, réfléchit longuement à l’acte photographique. Elle avoue qu’elle n’a pas eu confiance en elle jusqu’en 1996, année où, le travail et la maturité aidant, elle découvre enfin ce qu’elle a à dire et comment le montrer.

C’est son père qui découvrira en premier les neufs carnets de Wadi al-Salib (« Vallée de la croix »). Un travail photographique où sont reconstituées des scènes quotidiennes dans les maisons en ruine d’un quartier d’Haïfa, abandonné depuis l’expulsion des familles palestiniennes par les Israéliens en 1948. Cette série d’images annonce les questions du chez-soi, du traumatisme de l’expulsion et de la discrimination qui traversent l’oeuvre d’Ahlam Shibli.
Une oeuvre résumée dans « Phantom Home » (« Foyer fantôme »), l’exposition qui lui est consacrée pour la première fois en France, au Musée du Jeu de paume. Six séries d’images.

Parmi elles, « Trackers » (2005) et « Death » (2012) ont pour sujet la condition du peuple palestinien ; « Dom Dziecka : la maison meurt de faim quand tu n’es pas là » (2008) s’attache aux orphelinats polonais ; et « Eastern LGBT » (2006) pose la question de la non-reconnaissance et de l’exil des gays, travestis et transexuels orientaux.
Quant à la série « Trauma » (2009), réalisée en Corrèze lors de cérémonies de commémoration, elle montre qu’une victime du nazisme a pu, selon le cours de l’histoire, devenir à son tour un bourreau pendant les guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie. « Ces images, précise Ahlam Shibli, posent la question de l’utilisation qui est faite du souvenir. Pour la Palestine, on recycle toujours les mêmes clichés de gens qui fuient ou des scènes de massacre. A tel point que les mots “martyr” et “palestinien ” sont devenus synonymes. » Sa série la plus récente, « Death », comprend soixante-huit photos montrant, jusqu’à la nausée, la glorification des martyrs sur les affiches placardées dans les rues, sur les images qui envahissent les tombes et les murs des maisons ; qu’ils aient été tués par l’armée israélienne ou qu’ils aient donné la mort lors d’une opération suicide. La photographe dévoile l’intimité touchante des familles et le message politique, le portrait d’un individu et les symboles religieux. Mais la question que pose Ahlam Shibli est immuable : la représentation de la cause palestinienne est-elle possible ou, au contraire, irrémédiablement vouée à l’échec ? Pour autant, elle ne cède ni à l’empathie ni au désespoir, accompagnant ses images de légendes précises et factuelles.

« Il y a quelque chose d’irreprésentable dans la cause palestinienne »

« Je n’ai pas envie de jouer la médiatrice, de dire “voilà ce qu’il faut regarder ”, affirme Ahlam Shibli. Il y a quelque chose d’irreprésentable dans la cause palestinienne comme dans la condition de l’enfant orphelin, que je cherche néanmoins à montrer, tout du moins à suggérer. C’est l’un des challenges de la photographie. » Au fond, qu’est-ce qui nous regarde avec insistance dans l’histoire de cet « autre », pour reprendre la formule du philosophe Georges Didi-Huberman ? A la question de l’altérité, donc, elle ne répond pas en sociologue mais veille toutefois à préserver une distance discrète. Les longues recherches documentaires menées pour chacun de ses sujets lui permettent sans doute de se défaire de la trop forte charge émotionnelle pour ne se concentrer que sur l’espace de son cadre photographique ; un chez-soi où elle est libre et son seul maître. D’ailleurs, à la question « Croyez-vous en Dieu ? », la jeune Palestinienne répond en riant et avec dérision : « Absolument pas ! Comment la croyance peut-elle s’appuyer sur le châtiment ? Dieu c’est moi ! »

Expo Ahlam Shibli « Phantom Home »

du 28 / 05 / 2013 au  au 01 / 09/ 2013
Musée du Jeu de Paume
1 place de la Concorde 75008 Paris
Mardi de 11h à 21h | Du mercredi au dimanche de 11h à 19h.
Tél. 01 47 03 12 50

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