Le savon de Naplouse d’hier et d’aujourd’hui

Le savon de Naplouse d’hier et d’aujourd’hui

“Naplouse est une ville où il fait bon se promener (…) Dieu très haut et tout-puissant l’a comblée de l’arbre béni, l’olivier, et son huile est transportée dans les régions égyptiennes, du Levant et au Hedjaz (…) et on en fait un savon délicat, qu’on transporte dans les pays que nous avons cités plus haut et dans les îles de la Méditerranée » 
Cheikh al Rabûh al Dimashqî (géographe), mort en 1327

La fabrication de savon est une tradition très ancienne dans tout le pourtour méditerranéen. C’est d’abord une production domestique et villageoise, à partir de l’huile d’olive restant de la production annuelle. Peu à peu se sont développés des centres citadins de production, des « villes du savon ». A Naplouse, ancienne cité palestinienne située au nord de Jérusalem, le savon était fabriqué à partir de l’huile provenant en abondance des villages environnants.

On y ajoutait un produit alcalin appelé qelî, confectionné à partir d’une plante apportée par les Bédouins de la steppe orientale. A l’époque des Croisades, Naplouse acquit, une renommée grandissante pour la qualité de son savon. On raconte même que les Croisés auraient rapporté le procédé de fabrication du savon en Europe jusqu’à la ville de Marseille. Mais c’est au XIXe siècle que l’industrie, prise en main par les grandes familles de la ville, connut un essor spectaculaire. Naplouse exporte dans toute la région, principalement en Egypte. Les quelques trente savonneries en activité au début du XXe siècle deviennent le symbole de la richesse et du prestige des propriétaires.

L’industrie du savon connut un déclin régulier dans la deuxième moitié du XXe siècle, victime de la situation d’occupation, de la concurrence des produits étrangers, ainsi que de l’introduction de nouveaux modèles de consommation. Le savon de Naplouse reste pourtant un symbole de l’activité d’une ville qui fut jadis capitale économique et culturelle de la Palestine. Aujourd’hui, deux savonneries continuent de travailler selon l’ancien procédé de fabrication artisanal. Certains fabricants ont  entrepris de faire revivre la tradition, tout en la diversifiant : à l’huile d’olive qui fait la qualité du savon de Naplouse, certains fabricants ajoutent aujourd’hui du lait, des essences diverses et des extraits de plantes qui améliorent ses qualités naturelles pour la peau.

Photo et texte de Véronique Bontemps

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