Le cinéma renait à Jénine

«Bienvenue dans la capitale culturelle de la Palestine.»
Depuis jeudi dernier, Fakhi Hamad glousse de fierté en faisant visiter le «cinéma Jénine», un centre comprenant une salle de cinéma de 354 places, un espace de mille places assises réservé aux projections en plein air, ainsi qu’une auberge de jeunesse d’une vingtaine de lits.

Inaugurée en 1957, la première mouture du cinéma Jénine a fermé ses portes en 1987, durant la première Intifada. Abandonné pendant vingt ans, le bâtiment est alors tombé en décrépitude jusqu’à sa remise en état à partir de 2008.

Le chantier était immense et il a coûté plus de 500 000 euros. Le tiers de cette somme a été apporté par l’Autorité palestinienne et le solde par le gouvernement allemand, ainsi que par des ONG et des sponsors privés parmi lesquels Roger Waters, un membre des Pink Floyd.  Aujourd’hui, le cinéma Jénine est un complexe de deux mille mètres adapté aux films 3D. Ses fauteuils d’origine ont été préservés et remis en état. «Nous aurions pu en acquérir des neufs mais il fallait assurer une continuité avec ce que représentait cette salle dans le passé», assure Hamad qui rêve de transformer sa ville en un «lieu de rencontres culturelles incontournable». Quant à Mamoun Khanan, l’un des responsables du projet, il insiste sur ses retombées économiques: «Nous donnons du travail à beaucoup de monde mais si nous organisons des festivals, des touristes et des artistes étrangers viendront. Jénine s’ouvrira au monde».

A terme, le centre devrait également créer une école de cinéma et même accueillir des groupes d’étrangers venus apprendre les rudiments de l’arabe en se plongeant dans la vie culturelle locale.

C’est dans cette ville que se sont déroulés du 3 au 11 avril 2002 de furieux combats au corps à corps opposant les unités spéciales israéliennes aux combattants palestiniens retranchés dans le camp de réfugiés. Huit ans plus tard, rien de tout cela n’a été oublié. Mais l’atmosphère s’est apaisée et les Palestiniens croisés aux abords du complexe semblent satisfaits de la réouverture de «leur» cinéma.

Pour sa réouverture, le complexe propose un festival du cinéma arabe. Mais aussi et surtout «Heart of Jenine», un documentaire réalisé par l’Allemand Markus Ketter. Ce film raconte l’histoire d’Ismaïl Khatib, un Palestinien dont le fils Ahmed (11 ans) a été abattu par erreur par un soldat israélien le 8 novembre 2005. Le lendemain, le gouvernement de l’Etat hébreu avait présenté ses excuses officielles au père qui a, dans un geste d’apaisement, offert les organes de son enfant à six Israéliens en attente d’une greffe. Quelques mois plus tard, Khatib s’est investi dans le projet «cinéma Jénine»: «Ahmed aurait aimé ça. Il rêvait de voir un film sur grand écran et les autres enfants de son âge sont comme lui.»

Previous Rashid Masharawi : une identité palestinienne
Next Polyphonies palestiniennes à Nantes

About author

A lire aussi ...

Général O Commentaire

Najwa Najjar, le glamour palestinien

L’écrivain et réalisatrice Najwa Najjar a travaillé tant en documentaire qu’en fiction. Son dernier opus, Pomegranates and Myrrh  est son premier long-métrage de fiction. Le scénario a remporté à Amiens

Palestine O Commentaire

Une histoire du keffieh, mais ….

Le keffieh est la coiffe traditionnelle des paysans et des Bédouins palestiniens. Il permettait de distinguer les citadins des ruraux. Le keffieh appartient à toute la population arabe  de la péninsule

« May in the Summer » à l’ouverture du Festival de Sundance

Choisie parmi 12.146 films en provenance de 32 pays, Cherien Dabis, cinéaste d’origine palestinienne, déjà récompensée à Sundance (avec Amreeka) vole la nuit d’ouverture convoitée du 29ème Sundance Film Festival

O Commentaire

Aucun commentaire

You can be first to comment this post!