Iyad Ramadan Sabbah, l’iconoclaste !

Iyad Ramadan Sabbah, l’iconoclaste !

Professeur d’art plastique à l’université Al-Aqsa de Gaza, Iyad a installé ses statues en fibre de verre recouvertes d’argile, dont certaines sont constellées de taches de peinture rouge, à proximité de maisons écrasées sous les bombes dans le quartier de Chajaya à Gaza, l’un des plus ravagés par la guerre. Dans ce secteur ayant été soumis sans répit aux bombardements, ses oeuvres ont une résonance particulière.

« Ces statues nous rappellent la guerre, quand nous fuyions, hommes, femmes  ou enfants. Certains sont partis avec juste leurs sous-vêtements sur le dos », lâche Mohamed al-Latif, 20 ans, devant l’installation en pleine air. Lui-même a fui sa maison peu avant qu’elle s’écroule à la suite du passage des drones israéliens.

« Ces statues sont une nouvelle forme d’art pour incarner la souffrance des Gazaouis durant la guerre », explique Iyad Sabbah, ravi de l’accueil enthousiaste que ses compatriotes ont réservé à ses Gazaouis d’argile. Lui qui redoutait une levée de boucliers des conservateurs se réjouit de voir des  dizaines d’enfants et d’adultes s’agglutiner autour de ses statues. Parmi ces créatures de glaise, une femme, dont on discerne à peine les traits, pieds nus, porte dans ses bras un enfant nu. A ses côtés, un vieillard appuyé sur une canne, un petit garçon débraillé à son bras.

« Avec ce projet, je parle de la fuite des habitants de leur maison et j’essaye de braquer les projecteurs sur les crimes que les Israéliens ont commis ici », explique l’artiste. « Pour les Gazaouis, cette forme d’art est inconnue et assez étrange », reconnaît Iyad Sabbah. Mais, en investissant l’espace public, il espère qu’elle contribuera à « soigner l’humain et s’occuper des Palestiniens détruits psychologiquement ».

Des silhouettes destructurées

Iyad Sabah a choisi de déstructurer ses statues. De face, on pourrait presque les croire vivantes. Mais quand on tourne autour, leurs dos sont vides, l’argile y est craquelée, pour suggérer « l’effondrement de la société ». Avec ces statues, qui mettent un visage sur la souffrance, le plasticien dit aussi espérer « envoyer un message à Israël, pour qu’il prenne conscience qu’il a détruit l’humanité des Gazaouis en détruisant leurs maisons et leurs infrastructures ». Pour Mohamed Mouslim, également professeur d’arts à l’université Al-Aqsa, les statues d’Iyad Sabah ne font pas que raviver les souvenirs de la guerre. Elles « expriment une dynamique, les familles repartent et ont besoin de l’aide du monde pour retrouver une vie normale ».

La bande de Gaza étouffe depuis 2006 sous un strict blocus imposé par Israël qui empêche l’entrée de ciment, de graviers ou d’autres matériaux de peur qu’ils ne soient détournés contre lui. « Les politiciens parlent tous de reconstruire Gaza et des destructions, mais j’aimerais que les regards se tournent vers les destructions sur le plan humain, qu’on parle de la crise psychologique que traversent les Gazaouis »,  espère Iyad Sabbah.

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