Hiam Abbass, de l’autre côté de la caméra : « Héritage »

Hiam Abbass, de l’autre côté de la caméra : « Héritage »

« Ce n’est pas un film politique ! » affirme à qui veut l’entendre Hiam Abbass, la grande actrice palestinienne qui réalise un premier long-métrage très attachant. « Héritage », au sens strict, n’est en effet qu’une histoire familiale, un film choral. Il raconte, sur fond de bruits de guerre en Galilée, les déchirements d’une famille palestinienne. Alors que celle-ci s’apprête à célébrer un mariage, le grand-père et patriarche tombe dans le coma ; ce qui suscite des convoitises sur sa fortune. Heritage1

Un film apolitique ? Non, évidemment. Comment pourrait-il en être ainsi alors que Hiam Abbass raconte une véritable guerre familiale dans une ambiance explosive qui permet de faire apparaître les dilemmes auxquels sont confrontés les Palestiniens d’Israël quels que soient leur âge, leur profession, leur statut social, leur vie en ville ou à la campagne, leur position vis-à-vis de la tradition ? Impossible de ne pas ressentir la dimension immédiatement métaphorique de cette histoire, qui est celle d’une population en recherche d’identité, prise « en sandwich » – l’expression est celle de la réalisatrice – entre deux cultures. Mais Hiam Abbass craint de voir son film accueilli simplement comme une œuvre de plus évoquant après tant d’autres le sort tragique des Palestiniens. D’où ce déni – surjoué bien sûr – du caractère éminemment politique d' »Héritage ».

Chaque personnage est emblématique d’un des maux – historiques, culturels, religieux – qui frappent le segment de la société palestinienne vivant à l’intérieur des frontières d’Israël. Les péripéties – le mariage, la maladie – sont convoquées pour en exposer les dégâts. Heureusement, Hiam Abbass fait preuve d’une grande sûreté dans la direction de ses acteurs et, sous son regard, les symboles prennent chair. La réalisatrice s’est réservé un personnage ingrat, Samira, l’épouse d’Abou Majid, femme desséchée prête à reproduire à l’infini le labyrinthe de contraintes et d’interdits dans lequel elle s’est toujours débattue.

On pourrait égrener ces portraits sensibles et sans complaisance qui forment la matière d’Héritage. Retenons la figure malheureuse et destructrice d’Ahmad, pitoyable et abject, ou celle de Saada, l’épouse chrétienne, rejetée aussi bien par les siens que par sa belle-famille. Ces figures se détachent sur un paysage biblique dont la beauté sereine est sans cesse démentie par le fracas des armes. Cet entrelacement d’histoires de famille et de l’Histoire au très long cours qui les a façonnées est la plus belle réussite d’Héritage.

Dvd « Héritage » dispo à la Fnac

http://video.fnac.com/a5273226/Heritage-Hafsia-Herzi-DVD-Zone-2

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