La clé, le keffieh et l’orange

La clé, le keffieh et l’orange

Au Beirut Exhibition Center, soixante-deux œuvres entre peintures, sculptures, photographies, vidéos, installations, de dix-huit artistes confirmés ou sur le point de l »être, ayant en commun l »identité palestinienne.
Entre des générations ayant connu la Palestine et d »autres qui n »y sont jamais allés, physiquement du moins, car les pensées et l »inspiration viennent directement de ce là-bas tant rêvé.

«C »est la première exposition au Liban, depuis les années 80, entièrement consacrée à l »art palestinien», affirme Marc Hachem qui vise à travers cette exposition à établir un pont artistique avec les territoires occupés. Cette manifestation «casse des barrières, célèbre la Palestine et implique la communauté. Elle montre les œuvres contemporaines des artistes les plus en vogue qui ont gagné une reconnaissance régionale et internationale. C »est un beau témoignage de la résilience d »un peuple, de sa créativité et de sa résistance», ajoute le curateur.
Les œuvres sont toutes différentes les unes des autres. Chacune demande une attention bien particulière et provoque des réactions différentes de sa voisine de cimaise. Certaines sont discrètes, d »autres criardes. Certaines captent l »attention de loin. D »autres attirent le regard de plus près, demandant une investigation rapprochée. Certaines dénoncent la violence de l »occupation israélienne, d »autres sont plutôt nostalgiques.

La clé, le keffieh et l »orange.

Voilà trois symboles qui font penser à l »identité palestinienne. La clé, c »est celle des maisons quittées à la hâte, aux premiers temps des «événements», cette clé qui est devenue l »emblème physique du droit au retour. Un droit qui n »a, évidemment, jamais été octroyé. La clé, donc, se trouve ici enfouie dans quelques œuvres et notamment tissée dans le travail en fils de laine enchevêtrés de Mary Tuma. Tout online casino comme le keffieh, ce foulard en noir et blanc symbolisant la résistance palestinienne, devenu un accessoire de mode décliné en plusieurs couleurs fluo dans un tableau (pop à la Warhol) de l »artiste Laila Shawa qui présente également son œuvre emblématique Where souls Dwell V. Un AK47, ou plutôt sa réplique, recouvert de cristaux Swarovski, de plumes, de papillons et de poudre d »or.
Et voilà l »orange, ce fruit dont parlait avec tant de délectation et de chagrin l »écrivain Élias Khoury dans La Porte du Soleil. À Jaffa, les oranges embaument l »air marin. Jadis ville arabe la plus grande exportatrice d »oranges, elle est devenue aujourd »hui un quartier de Tel-Aviv, une marque déposée de fruits… Défendus à leurs propriétaires originaux.
Les symboles sont nombreux et émaillent les œuvres exposées. L »olive, portée en un collier autour du cou; les bouteilles contenant de l »eau de la mer de Jaffa; les portraits des martyrs projetés en continu. Impossible de restituer en un article le sens de ces témoignages sans en trahir le sens. «Qu »ils soient habitants des territoires occupés ou exilés, ces artistes ont transformé le mur qui les oppresse en une toile où ils expriment ce sentiment doux-amer de nostalgie pour une terre qui leur est prohibée de force», indique Marc Hachem.
«Ce show, qui sera sans doute présenté dans les grandes villes européennes et aux States, relie le passé au futur, dans un présent incertain, note le curateur et galeriste. Cette exposition est un dialogue culturel et intergénérationnel entre les artistes et les lieux géographiques, entre l »Est et l »Ouest, Ramallah, Gaza et Jérusalem.» Un dialogue qui se tient au BEC, à 148 km de la Palestine ! C »est bien un pont, une passerelle artistique tendue entre les territoires occupés et ceux qui ont accueilli les réfugiés palestiniens. Un cri du cœur, une manifestation charriant moult expressions artistiques et sentimentales.

Les artistes participants

Bashar al-Hroub, Rafat Asad, Samira Badrane, Tayseer Barakaat, Aissa Deebi, Rula Halwani, Mohammad al-Hawajri, Wafa Hourani, Monther Jawabreh, Bachir Makhoul, Rania Matar, Mohammad Musallam, Steve Sabella, Laila Shawa, Nasser Soumi, Mary Tuma, Hisham Zreiq.

Exposition « Bridge to Palestine », une exposition collective de dix-huit artistes palestiniens, par le galeriste Marc Hachem.
En collaboration avec Solidere. Jusqu »au 30 août, au Beirut Exhibition Center, Waterfront, centre-ville.

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