Annemarie Jacir, une poétesse derrière la caméra

Annemarie Jacir, une poétesse derrière la caméra

Annemarie Jacir, réalisatrice palestinienne travaille dans la production indépendante depuis 1994; elle a écrit, réalisé et produit de nombreux court-métrages dont « A post Oslo history » (1998), « The satellite shooters » (2001) et « Like twenty impossibles » (2003).
Elle travaille aussi en tant que chef monteuse, cadreuse et enseigne le cinéma. « Le sel de la mer » est son premier long-métrage. Annemarie Jacir vit à Ramallah.

« When I saw you »

C »est son dernier long métrage, présenté au festival de Toronto en septembre 2012.
Pendant l »été 1967, au moment où les Palestiniens chassés de Cisjordanie cherchent leur place en Jordanie, un petit garçon et sa mère se retrouvent dans un camp d »entraînement de fedayin. En ce temps-là, se souvient Anne-Marie Jacir, qui n »était pas encore née, les commissaires politiques dénonçaient les jeux de cartes comme « bourgeois » (en arabe dans le texte), et les femmes et les hommes coexistaient dans les mêmes unités combattantes, le petit livre rouge se trouvait plus souvent au chevet des lits de camp que le Coran. Le film est pétri d »une nostalgie naïve pour cette période quasi-effacée par la suite de l »histoire, mais aussi par un sens aigu de la tragédie.

« Le sel de la mer »

« Le village d’Emad, Dawayma, n’existe plus ; celui que nous avons filmé s’appelle Souba, il était seulement partiellement démoli. Plus de 500 villages qui ont été complètement rasés en 1948-1950. Avant de faire ce film, j’avais tourné un documentaire dans des camps de réfugiés au Liban. Beaucoup des réfugiés étaient originaires d’un village du nom de Safouri. Ils en parlaient beaucoup, et de l’importance de la terre, alors qu’ils vivaient depuis trois-quatre générations dans ce camp du béton !… Un jour, par hasard, alors que je conduisais, j’ai vu un panneau en anglais « Zapuri », et un ami m’a dit : « Ah, ça, c’est l’ancien village de Safouri. » Je lui ai dit : « Mais je viens juste de rencontrer des gens qui viennent de là ! On y va. » … C’était vraiment choquant de découvrir toute cette terre, et tout ce vide… Un village vide, et à moins online casino de 2 heures de voiture, ces gens pour qui c’est impossible d’y aller… ».

« Faire du cinéma, écrire des poèmes : en Palestine, tout est politique car tout est interdit. Mon film raconte une histoire d »amour que la réalité politique a rendu impossible. Il explore aussi la question de l »identité palestinienne, comme l »a fait Mahmoud Darwich dans ses poèmes. Il y a beaucoup de lui dans Le Sel de la mer : les scènes d »aéroport sont un clin d »oeil à ses écrits sur la relation des Palestiniens au voyage. L »un de ses vers me semble d »ailleurs résumer l »esprit du film : « La route vers la maison est plus belle que la maison elle-même. »

« Comme Soraya dans le film, je suis moi-même une Palestinienne en exil, je vis en Jordanie. Mais contrairement à Soraya, qui a grandi à New York avec une vision fantasmée de son pays d »origine, je connais la terrible réalité de la Palestine. En ce sens, je suis aussi proche du personnage masculin, Emad. Il n »a pas le droit de quitter la Cisjordanie et ne pense qu »à la fuir. Cela m »intéressait de confronter mes deux moitiés : Soraya, emprisonnée à l »extérieur, et Emad, bouclé de l »intérieur.»

« Saleh Bakri a dû ainsi se faufiler pour arriver à Ramallah, raconte Annemarie Jacir, et quand l’armée israélienne faisait une descente, il devait se cacher. Saleh était donc en situation irrégulière pendant la première partie du film qui se passe en Cisjordanie. Par contre, pendant la seconde partie qui se passe dans la Palestine historique, il était en situation régulière, mais notre équipe cisjordanienne n’a pas été autorisée à nous suivre », explique Annemarie.

Filmographie

When I saw you (2012
Le sel de la mer (2008)
Sound of the Street (2006, 3 min, Color, DV)
An Explanation  (and then burn the ashes) (2005, 6 min, Color, 16mm)
A Few Crumbs for the Birds (collaboration with Nassim Amaouche) (2005, 26 min, Color, 35mm)
Until When (2004, 76 min, Color, DV)
Like twenty impossibles (2003, 17 min, Color, 35mm)
Palestine is Waiting (2001, 10 min, Video)
The Satellite Shooters (2001, 16 min, Color, 16mm)
Two Hundred Years of American Ideology (2000, 12 min, Color, Video)
Chronicle of Civilized & Consequential Moments of Reconciliation (2000, 2 min, Video)
A Revolutionary Tale (2000, 9 min, Color, Video)
A Post-Oslo History (1998, 8 min, Color, Video)
Scratch (1996, 5 min, Color, Video)
Interview (1994, 4 min. Color, Video)

Annemarie Jacir sur PHILISTINE FILMS

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