Abdulrahman Katanani surprend la Fiac

Abdulrahman Katanani surprend la Fiac

15.10.2012 | 21.10.2012

« Il y a toujours un message, ou une cause,
caché derrière tout ce que l’enfant palestinien fait,
même en jouant tout simplement ». A Katanani

 Abdulrahman Katanani est un illustrateur qui est né et a grandi dans le camp de réfugiés Palestiniens de Sabra au Liban.

Des enfants sautant à la corde, s’élançant en l’air sur une balançoire, jouant au ballon ou courant derrière des oiseaux semblent recréer l’ambiance d’un jardin ou d’une cour de récréation. Par leurs mouvements, ils affichent le bonheur de vivre et reflètent l’innocence et la naïveté de l’enfance.
L’univers d’Abdulrahman Katanani est fait de murs, de fils barbelés, de brisures, de «zinco», de planches de bois et de ferrailles. L’électricité se fait rare, l’eau aussi et les conditions de vie sont précaires. On appelle ce lieu non pas un quartier ni une rue, mais un «camp». Et l’artiste palestinien y est né et y a grandi.

Sa carte de visite : une clé

C’est la reproduction de ces mêmes clés qu’a emporté un jour son grand-père en quittant la maison de sa Palestine natale, se promettant (comme on le lui avait dit) d’y revenir après une semaine. «Trois générations, depuis, et nous sommes toujours installés dans ces camps de Sabra et Chatila», précise Katanani.

Pourtant, c’est en esquissant un léger sourire que l’artiste évoque ces souvenirs douloureux, cette misère au quotidien. La recette de ce sourire? Un art salvateur par lequel il a réussi à convertir sa peine en plaisir et sa douleur en créativité. «Je n’étais pas éveillé à la souffrance des camps, mais en grandissant et avec du recul, j’ai ressenti l’atmosphère irrespirable dans laquelle je vivais. J’avais le choix entre ne rien faire et me morfondre, ou refléter au monde une autre image que celle des fusils, de la violence et de l’agressivité, devenus la véritable carte d’identité de mon peuple.»

Katanani a choisi la seconde alternative. Né d’un père menuisier et d’une mère couturière, le travail manuel, ça le connaît bien. Enfant, il s’amusait à transformer les sacs en nylon en ballons, «pour jouer au football comme les autres garçons», dit-il, mais aussi à croquer et à copier les dessins du caricaturiste Naji al-Ali, artiste palestinien assassiné à Londres en 1987, et à les placarder sur les murs. «C’est Handala, son personnage fétiche, qui accompagnera mon travail plus tard et qui inspirera Zinco.» Encouragé par son père qui tenait à ce que ses fils poursuivent des études universitaires, le jeune Katanani décide donc de faire les beaux-arts à l’Université libanaise. «Je découvrais alors ma véritable personnalité.»

Créatif et créatif

Après une première exposition en solo, le voilà qui revient avec celle-ci, plus élaborée, qui dévoile la vie du camp tout entier. L’habitat fabriqué avec des objets de récupération et de cette tôle reluisante et brillante comme le soleil et appelée zinco affirme sa présence, voire son existence. «Cette matière qui nous abrite depuis des décennies est devenue une part de nous-mêmes. Elle porte en elle nos douleurs, nos craintes, mais aussi nos espoirs, dit Abdulrahman Katanani. Une seconde peau avec laquelle j’ai recomposé ces personnages d’enfants et qui, j’espère, s’en débarrasseront un jour, pour retrouver la liberté dans la cour des grands.»

Dans son atelier, il découpe au chalumeau des figures en tôle ondulée, le matériau des sans abris. Il récupère des objets usagés. Sous une tranquillité apparente, ces enfants qui jouent au ballon, à la corde à sauter, à la fronde, à la marelle, au yoyo, à la balançoire, ressemblent à de petits bagnards qui portent la blessure des fils barbelés. Ses œuvres sensibles, cruelles mais pleine d’allégresse s’arrachent aujourd’hui pour quelques milliers de dollars par la bonne société branchée de Beyrouth, du Qatar et d’Abou Dhabi.

Fiac 2012
Expo « Chambres à part VI: Trajectoires poétiques/Trajectoires politiques »
15.10.2012 | 21.10.2012 La Réserve, Paris

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